Colette, du rêve d’enfance brisé à la réussite professionnelle


Colette Yehouénou, une femme entrepreneure beninoise. Crédits photo: PNUD Bénin / Elsie Assogba

Colette Yehouénou, fille aînée d’un père médecin, était prédestinée à faire de hautes études ; une trajectoire brisée net par le décès précoce de son père et les impératifs de la prise en charge de ses trois frères, en aide à sa mère. Colette a donc abandonné ses études  au lycée, pour faire de la haute couture. A l’issue de sept (7) ans d’apprentissage, elle obtient son diplôme et commence à exercer le métier de couturière. Aujourd’hui, elle est devenue une Chef d’entreprise accomplie.

Un jour nous raconte- t-elle, un de ses clients lui parle d’une formation, qu’il a  suivi en transformation agroalimentaire et fabrication de produits cosmétiques. Séduite par ses explications, elle décide de se lancer dans ce nouveau secteur, en vue de la diversification de ses activités. La formation dispensée par une Organisation non Gouvernementale, dénommée ESH a duré un mois et demi, au cours duquel elle s’est appliquée à pratiquer tous les soirs à la maison les recettes apprises. Devenue passionnée de la fabrication des jus de fruits, elle crée son entreprise, à laquelle elle donne le nom «FAKO », qui signifie en langue locale fon « désaltère-toi ! ».

A retenir

  • Au Bénin, les femmes jouent un rôle important dans la formation de la richesse nationale et elles sont très actives dans les secteurs primaires et tertiaires. Ces deux secteurs représentent respectivement en moyenne 26% et 40% du Produit Intérieur Brut (PIB) au cours des dix dernières années. Par exemple, dans le sous-secteur du commerce, la proportion de femmes actives est de l’ordre de 80%. D’après le recensement général des entreprises réalisé en 2008, on compte 34,7% de femmes chefs d’entreprise dont 44,7% dans le secteur informel et 15,9% dans le formel.
  • Près de 1000 femmes et jeunes ont été appuyés par le WPBC en création et gestion d’entreprises.
  • • Comme mesure d’appui à l’emploi des jeunes et des femmes, le Gouvernement a décidé en octobre 2013 de la création de 7 nouveaux centres d’affaires à Abomey-Calavi, Kandi, Pobè, Natitingou, Parakou, Bohicon et Lokossa. Celui de Parakou est déjà mis en service ;

Le Bénin dispose d’avantages comparatifs, tant au niveau de la sous-région que de l’Europe, pour l’exportation de produits tels que l’ananas. Le marché local de fruits transformés est estimé à 250 tonnes par an (jus, sirops, nectars, confitures d’ananas et d’orange). Colette transforme plusieurs fruits et légumes en jus : ananas, mangues, gingembre, carottes, betteraves, tamarin, baobab, tomates. Elle livre par mois plus de 22 000 bouteilles (soit un chiffre d’affaires d’environ 5.000.000 Fcfa) de jus de fruits aux supermarchés, restaurants, et services traiteurs de la place. Convaincue de la rentabilité de son entreprise, elle abandonne la couture au profit de l’agrobusiness.

En mars 2012, Colette décida de sortir de l’informel avec inscription au registre du commerce. Elle avait une faible capacité de production des jus, et n’arrivait pas à satisfaire ses clients. Elle avait par ailleurs besoin de trésorerie pour faire grandir son entreprise. En septembre 2012, elle découvre le Women Business Promotion Center (WBPC), un centre d’affaires mis en place pour aider les femmes entrepreneures à mieux faire face aux obstacles majeurs auxquels elles font souvent face dans leurs démarches de création ou de gestion d’entreprise en termes d’accès au crédit, de réalisation de business plan, de comptabilité, etc. Ce centre est le fruit du partenariat entre le Ministère en charge de l’emploi des jeunes et des femmes, la Fédération des Femmes Entrepreneurs et des femmes d’Affaires du Bénin (FEFA-Bénin) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

« Pour la plupart du temps, les femmes ne disposent pas de garanties financières pour développer leurs entreprises. Ce Centre constitue pour nous un engagement à la fois social et économique », a déclaré Madame Moubaraka Adjao Akinocho, Présidente de la FEFA Bénin.

Doté d’un financement de 263.000 dollars américains, le WBPC a aidé Colette à élaborer son plan d’affaires ; ce qui lui a permis de décrocher un financement d’un montant d’un million (1.000.000) de Fcfa, environ 2000 dollars américains auprès d’une institution de microfinance de la place. « Pouvoir satisfaire à temps les nombreuses commandes, que je recevais était un gros souci pour moi, car j’avais besoin de trésorerie pour l’achat des matières premières. Grâce à ce financement, j’ai pu tripler ma capacité de production», se réjouit Colette.

Depuis lors, cette Chef d’entreprise accomplie, participe aux foires, aux salons des petites et moyennes entreprises. Elle n’a pas de problème d’écoulement de ses produits, qui se  fait à travers des réseaux de proximité, par la mise en dépôt-vente dans les supermarchés, les épiceries, les petits restaurants de quartier et hôtels. Par cette activité, elle arrive à subvenir aux besoins de sa famille et emploie une dizaine de salariés. Les jus de fruits qu’elle produit sont pressés à l’état nature, pour préserver leurs vertus thérapeutiques. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu le 1er mars 2014 dernier, les Oscars Africains de l’Artisanat et de l’Innovation, un prix décerné par l’ONG Ifè Africa. Le sourire aux lèvres, elle affirme : « J’arrive à gagner par mois un bénéfice de 300.000 à 400 000 Fcfa (environ 700 à 800 dollars américains). Je n’ai rien à envier à un cadre supérieur ».

Au Bénin, les femmes jouent un rôle important dans la formation de la richesse nationale et elles sont très actives dans les secteurs primaires et tertiaires. Ces deux secteurs représentent respectivement en moyenne 26% et 40% du Produit Intérieur Brut (PIB) au cours des dix dernières années. Par exemple, dans le sous-secteur du commerce, la proportion de femmes actives est de l’ordre de 80%. D’après le recensement général des entreprises réalisé en 2008, on compte 34,7% de femmes chefs d’entreprise dont 44,7% dans le secteur informel et 15,9% dans le formel.

Le WPBC a  permis le renforcement de capacités entrepreneuriales de près d’un millier de jeunes et de femmes comme Colette. Des difficultés, elle en rencontre comme tout entrepreneur : cherté des emballages, leur insuffisance sur le marché et le besoin de certains équipements encore manuels qu’elle souhaite remplacer progressivement par des machines automatiques comme le décapsuleur. Cette jeune dame du haut de ses 43 ans ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Avec un agenda bien rempli, elle compte participer en octobre prochain au Salon International de l'Artisanat à Ouagadougou (SIAO) au Burkina Faso, confronter ses talents avec d’autres et conquérir le marché sous régional.