Message du chef de file PTF lors de la réunion Plénière revue conjointe.

28 juin 2012

Mesdames et Messieurs,


L’honneur m’échoit d’être le porte parole des Partenaires Techniques et Financiers du Bénin à l’occasion de la revue  conjointe 2012 de la Stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté. Permettez-moi, avant tout, de remercier le gouvernement du Bénin pour sa disponibilité à poursuivre ce dialogue et de prendre en compte ses résultats pour une mise en oeuvre efficace de notre objectif commun, le développement durable du Bénin. La revue conjointe est un moment important pour renforcer l’efficacité du dialogue entre le gouvernement et les PTFs.
Sans aller en détail dans les recommandations formulées conjointement par nos équipes lors des travaux sectoriels, l’exercice qui nous rassemble, ce matin, nous amène à concentrer notre message autour de quatre thèmes clefs, même si, bien  évidemment, beaucoup d’autres sujets auraient mérité d’être abordés pour améliorer l’efficacité des politiques de développement du pays.
Auparavant, les PTFs prennent acte des avancées que le Bénin a enregistrées en matière de respect des critères quantitatifs du programme économique et financier avec le FMI malgré une conjoncture internationale encore défavorable. L’année 2011 aura été marquée par des progrès dans les réformes des finances publiques, le vote suivi de la promulgation de la Loi contre la corruption et autres infractions connexes. De même, les PTFs saluent, par ma voix, le vote de la Loi portant prévention et répression des violences faites aux femmes. Ces avancées ne doivent pas masquer la persistance d’un grand nombre de difficultés au nombre desquels la faiblesse de la croissance économique, la dégradation de la situation de la pauvreté et la persistance des déficiences dans la mise en oeuvre des réformes. Outre l’objectif de réduction de la pauvreté, le rapport de mise en oeuvre 2011 de la Stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté (SCRP) montre que plusieurs autres objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ne seront pas atteints si les  tendances actuelles se maintiennent. Pour les Partenaires techniques et financiers, la persistance de ces défis appelle un débat dans le cadre du dialogue qui nous réunit, mais surtout des actes et actions prenant en compte une véritable programmation du développement.

Excellence Monsieur le Premier Ministre,

1°) Une Croissance Economique à stimuler

Le premier thème se rapporte aux dernières évolutions de la situation de la pauvreté et aux perspectives en matière de croissance économique. Nul n’ignore que la croissance économique enregistrée par le Bénin n’est pas suffisante pour faire face à la demande sociale nourrie par une croissance démographique parmi les plus élevées du continent. Ainsi, la situation de l’emploi, notamment des jeunes, est assez préoccupante. Aussi, il importe que l’emploi soit véritablement traité de manière transversale dans la mise en oeuvre de la SCRP 3, tout particulièrement dans le cadre des stratégies sectorielles de croissance.

2°) Des réformes structurelles à renforcer


Le deuxième thème est relatif à l’accélération des réformes structurelles, au soutien au secteur privé et à la construction d’une économie compétitive indispensables pour élever la croissance économique au niveau minimum des 7% requis pour lutter contre la pauvreté et réaliser les objectifs du millénaire pour le développement. Nonobstant quelques résultats satisfaisants enregistrés à fin mars 2012, les acteurs économiques et les PTF ne peuvent que constater un fléchissement de la situation  économique.

Les ajustements initiés dans le cadre des réformes du Port Autonome de Cotonou et de la filière Coton visent à assurer un rendement adéquat de ces deux secteurs vitaux de l'économie béninoise. L’aboutissement de ces réformes, qui doivent être menées de manière participative en privilégiant la concertation et le dialogue, est capital pour établir la confiance et relancer la dynamique de croissance du pays. La mise en place d’un cadre de partenariat sain avec le secteur privé est donc d’une nécessité impérieuse pour la réussite des réformes dans ce domaine. Les PTF invitent donc à accélérer le processus de mise en place de la Loi sur le Partenariat Public-Privé, de la Loi sur la concurrence et des décrets d'application de la Loi contre la corruption. Enfin nous notons avec regret le retard accusé dans l’opérationnalisation du Plan Stratégique de Relance du Secteur Agricole (PSRSA), qui devrait pourtant permettre de diversifier les sources de croissance de l’économie béninoise.

Au regard du dernier classement de Doing Business par rapport au Bénin, les partenaires souhaiteraient un assainissement de l’environnement des affaires plus propice à l’entreprise, l’investissement privé et la création de richesse.

3°) Libérer des ressources pour accroître les investissements
dans les secteurs sociaux et environnementaux

Le troisième thème concerne l’amélioration de la gestion des finances publiques ainsi que la pertinence des choix d’allocation des ressources budgétaires par rapport aux priorités du pays. A cet  égard, il faut rappeler que depuis plusieurs années, le taux d’investissement public demeure en dessous des objectifs fixés dans la SCRP, ce qui va à l’encontre des ambitions exprimées en termes de croissance forte et durable pour la réduction de la pauvreté.

Ainsi, pour générer et libérer des ressources pour l’investissement, les PTF encouragent le gouvernement à une plus grande transparence et une efficience accrue dans la gestion des finances publiques. A cet égard, il semble particulièrement important de  maintenir un cadre macroéconomique stable et notamment de  maîtriser la masse salariale en cohérence avec les critères de  convergence de l’UEMOA, de renforcer la cohérence d’une part entre la planification sectorielle et la programmation pluriannuelle et d’autre part, entre la programmation budgétaire, et la Loi de finances. Les Partenaires regrettent notamment, cette année, l’absence du suivi de l’exécution du PAP de la SCRP3, qui constitue pourtant l’instrument privilégié de sa mise en oeuvre.

Dans les domaines sociaux comme l’éducation et la santé, les partenaires saluent les mesures prises récemment pour renforcer les mécanismes de protection et de suivi des dépenses sociales
prioritaires. A cet égard, les PTF souhaitent rappeler que dans l’enseignement primaire, le taux d’achèvement stagne à 64% avec des disparités géographiques importantes depuis trois ans. Ceci  rend urgent une actualisation et une application efficace du Plan Décennal de Développement du Secteur de l’Education qui devrait être fortement centrée sur la qualité et la bonne gouvernance. En ce qui concerne la santé, certains indicateurs restent toujours  préoccupants tandis que la planification familiale et la nutrition demeurent sous financées. Une attention particulière devra être accordée à une offre de service de santé de qualité et une stimulation de l’utilisation de ces services.

Dans ce contexte, la consolidation et la pérennisation du suivi des dépenses sociales prioritaires sont essentielles, d’autant que l’augmentation de l’inflation attendue en 2012 risque d’affecter fortement les populations les plus vulnérables. Sur ce point, les partenaires encouragent également le Bénin à s’engager dans une réflexion approfondie sur le renforcement de la résilience des populations, à travers notamment, la mise en oeuvre effective d’un véritable socle de protection sociale. La réduction des inégalités de genre reste un défi majeur au Bénin. Pour rappel, l’indice Mo Ibrahim 2011 montre que sur la question du genre, le Benin a un score inférieur à la moyenne de l’Afrique et se classe 28ème sur 53 pays. Il est primordial de mieux intégrer les besoins spécifiques des femmes et autres groupes vulnérables, non seulement dans les secteurs sociaux mais également dans les secteurs productifs, afin qu’elles puissent réaliser pleinement leur capacité à contribuer à la croissance économique et en bénéficier.

De même, les PTFs encouragent le Gouvernement à traduire la problématique du changement climatique et de l’environnement dans les choix budgétaires, à apporter une attention particulière à la gestion des parcs nationaux et du patrimoine forestier.

4°) Réformer la Gouvernance pour une société juste et équitable


Enfin le quatrième thème est relatif à la faible avancée des réformes structurelles, administrative et institutionnelle. Une réforme essentielle, longtemps retardée, est celle de la fonction publique. En effet, une administration publique performante, intègre est essentielle pour fournir efficacement les besoins sociaux de base et rendre un niveau de service de qualité aux usagers. Ainsi, les PTFs soulignent l’urgence pour les autorités de mettre en place une stratégie globale de réformes de la fonction publique fédérant toutes les initiatives et études en cours en la matière. De plus, les PTF aimeraient comprendre les raisons fondamentales du blocage de l’application effective de la procédure de Dotation des Hauts Emplois Techniques dans le cadre de la réforme initiée par le
gouvernement.

En matière de décentralisation, les PTF voudraient souligner que le niveau des transferts aux collectivités territoriales dans le budget général de l’État, bien qu’en progrès, demeure encore faible (3.2  % en 2010 contre 1.9 % en 2008). Or, la décentralisation et la déconcentration seront essentielles pour atteindre les objectifs  fixés dans la SCRP et exigeront de nouveaux transferts de  compétences aux autorités locales, assortis de la mise à disposition des moyens financiers et humains nécessaires aux communautés locales dans l’optique de la mise en place d’une fonction publique territoriale efficace.

Face aux enjeux multiples liés à l’amélioration de la gouvernance, les partenaires encouragent le gouvernement à prendre les décrets d’application de la Loi contre la corruption et autres infractions connexes. Les Partenaires tiennent à souligner leur forte préoccupation quant à la nécessité d’accélérer la mise en oeuvre d’une véritable politique de lutte contre la corruption et l’impunité dans le cadre des politiques de bonne gouvernance démocratique du pays. Par ailleurs, la situation dramatique prévalant dans les prisons conforte l’urgence des mesures judiciaires et politiques à prendre pour améliorer les conditions de détention à travers l’application du nouveau code pénal. Les partenaires tiennent également à souligner les défis qui restent à relever en matière de lutte contre le travail et le trafic des enfants.

Excellence Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs,
Je souhaiterais finir mon propos en évoquant la nécessité de renforcer le cadre de dialogue entre le Gouvernement et les PTFs qui ne peut se résumer à la revue conjointe qui nous réunit  aujourd’hui. En conséquence, les partenaires réitèrent leur disponibilité à accompagner le gouvernement pour mettre en oeuvre toutes les actions nécessaires en vue d’élaborer un cadre de dialogue conforme au nouveau partenariat de Busan.

En conclusion et comme partenaires, nous restons à votre disposition pour formuler des propositions qui seront versées aux débats durant cette revue conjointe 2012. Pour ce jour, je nous souhaite à tous la poursuite d'un dialogue fructueux et ouvert.


Merci de votre attention.